{"id":16721,"date":"2025-01-15T15:19:14","date_gmt":"2025-01-15T15:19:14","guid":{"rendered":"https:\/\/centreroyhart.org\/?post_type=people&#038;p=16721"},"modified":"2025-12-06T20:32:22","modified_gmt":"2025-12-06T20:32:22","slug":"derek-rossignol","status":"publish","type":"people","link":"https:\/\/centreroyhart.org\/fr\/personnes\/derek-rossignol\/","title":{"rendered":"Derek Rossignol"},"content":{"rendered":"\n<p>Derek Isaac Rossignol (n\u00e9 Rosenberg) 14\/03\/1923 Kimberley, en Afrique du Sud. D\u00e9c\u00e9d\u00e9 26\/12\/2010 Mal\u00e9rargues, France.<br><strong>Derek Rossignol, un hommage personnel \u00e0 Rossignol<\/strong><br><strong>par Saule Ryan<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Voici un homme dont la vie incroyablement pleine et riche a commenc\u00e9 pr\u00e8s des mines de diamants de Kimberley (Afrique du Sud) et fini dans un ch\u00e2teau dans les belles C\u00e9vennes, au Sud de la France. Au cours de sa vie, il a touch\u00e9 bien des c\u0153urs de mille fa\u00e7ons diff\u00e9rentes.<\/p>\n\n\n\n<p>Derek Isaac Rossignol \u00e9tait un homme et un artiste tr\u00e8s singulier. Bien qu\u2019il ait pris en 1973 le nom du plus po\u00e9tique des oiseaux, le rossignol, il n\u2019\u00e9tait certainement pas inconstant. Il \u00e9tait l&#8217;une des personnes les plus constantes, dignes et ouvertes que l&#8217;on puisse esp\u00e9rer rencontrer. Il pouvait parfois \u00eatre exasp\u00e9rant et son sens de l&#8217;humour particulier, acerbe et grin\u00e7ant, qui d\u00e9rangeait plus d&#8217;une \u00e2me sensible, n&#8217;\u00e9tait pas toujours bienvenu.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais blague \u00e0 part, c&#8217;\u00e9tait un homme d&#8217;une grande int\u00e9grit\u00e9, sans arri\u00e8re-pens\u00e9es. Il \u00e9tait chaleureux, extraverti et ouvert \u00e0 tout et \u00e0 tous. Combien de fois avons-nous \u00e9t\u00e9 accueilli par un Rossignol souriant, pench\u00e9 \u00e0 la fen\u00eatre de sa chambre pour voir qui venait d&#8217;arriver au ch\u00e2teau, ou l&#8217;avons-nous entendu crier \u00ab bonjour \u00bb ou \u00ab qui est l\u00e0 ? \u00bb depuis la porte ouverte de son salon alors que nous montions l&#8217;escalier principal du ch\u00e2teau.<br>Les \u00e9l\u00e8ves qui le rencontraient lors d&#8217;un caf\u00e9 ou d&#8217;un d\u00e9jeuner \u00e0 l&#8217;arri\u00e8re du g\u00eete \u00e9taient toujours impressionn\u00e9s par son charme th\u00e9\u00e2tral et sa facilit\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er des liens. Et en tant qu&#8217;enseignant, il a su jusqu&#8217;\u00e0 la fin d\u00e9gager une \u00e9nergie et une vitalit\u00e9 incroyables qui contredisaient son \u00e2ge avanc\u00e9. Avec l&#8217;\u00e2ge, il est devenu moins conflictuel et plus syst\u00e9matique.<\/p>\n\n\n\n<p>Quel \u00e9l\u00e8ve, au cours des vingt derni\u00e8res ann\u00e9es, n&#8217;a pas jou\u00e9 avec Boris, Antonio, Delila et Violetta, sa version du violon, de l&#8217;alto, du violoncelle et de la contrebasse ? Il exigeait beaucoup de ses \u00e9l\u00e8ves, alliant chaleur, persuasion et pr\u00e9cision technique. Il \u00e9tait connu dans le monde entier. J&#8217;adore l&#8217;histoire que m&#8217;a racont\u00e9e l&#8217;un de ses \u00e9l\u00e8ves fran\u00e7ais&nbsp;: lors d&#8217;un voyage en Italie, l\u2019\u00e9l\u00e8ve s&#8217;est mis \u00e0 discuter avec une religieuse n\u00e9erlandaise qu&#8217;il avait rencontr\u00e9e dans les jardins d&#8217;un monast\u00e8re. Quand il lui a dit qu&#8217;il retournait dans le sud de la France pour continuer \u00e0 travailler sa voix, elle lui a r\u00e9pondu d\u2019un air satisfait : \u00ab Pour travailler avec Rossignol, je parie \u00bb. Il a \u00e9t\u00e9 naturellement surpris par cette intuition miraculeuse !<\/p>\n\n\n\n<p>Rossignol \u00e9tait un homme aux multiples facettes et aux nombreuses passions. \u00c0 l&#8217;\u00e9cole, c&#8217;\u00e9tait un excellent athl\u00e8te qui, \u00e0 seulement 16 ans, a \u00e9tabli un record junior sud-africain au saut en longueur avec plus de 6 m\u00e8tres et qui <em>\u00ab franchissait les haies avec une gr\u00e2ce \u00e9tonnante \u00bb<\/em>, selon l&#8217;un de ses camarades de classe avec lequel il se rendait souvent \u00e0 l&#8217;\u00e9cole en patins \u00e0 roulettes. \u00c0 la fin de son adolescence, il s&#8217;est remis au piano apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es d&#8217;interruption et a appris seul \u00e0 jouer les morceaux les plus complexes de Liszt, Schumann, Beethoven et autres. Sa jeune cousine Lin Freeman se souvient des nombreuses heures heureuses pass\u00e9es avec Rossi quand elle \u00e9tait adolescente, lui jouant du piano et elle dansant.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cette \u00e9poque, Rossi avait lui-m\u00eame d\u00e9couvert la danse et, chaque soir, alors qu&#8217;il \u00e9tait cens\u00e9 r\u00e9viser ses examens d&#8217;ing\u00e9nieur \u00e0 l&#8217;universit\u00e9, il s&#8217;\u00e9chappait secr\u00e8tement par la fen\u00eatre de sa chambre pour aller r\u00e9p\u00e9ter avec la compagnie de danse qu&#8217;il avait rejointe. Il est rapidement devenu l&#8217;un des principaux danseurs masculins de la compagnie, sous le nom de sc\u00e8ne de Serge Dimitrov, gr\u00e2ce \u00e0 ses sauts fantastiques. Ce n&#8217;est qu&#8217;apr\u00e8s avoir r\u00e9ussi ses examens \u00e0 la troisi\u00e8me ou quatri\u00e8me tentative que sa cousine a \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9e \u00e0 emmener l&#8217;un de ses oncles, qui avait financ\u00e9 ses \u00e9tudes apr\u00e8s la mort pr\u00e9matur\u00e9e de ses deux parents, voir un spectacle de danse. Lorsque l&#8217;oncle s&#8217;est exclam\u00e9 au d\u00e9but de la soir\u00e9e \u00ab mais ce danseur ressemble \u00e9norm\u00e9ment \u00e0 Derek ! \u00bb, sa cousine a r\u00e9pondu \u00ab C&#8217;est Derek ! \u00bb. Vous pouvez imaginer le choc !<\/p>\n\n\n\n<p>La danse devint ainsi sa passion et le conduisit \u00e0 Londres o\u00f9 il r\u00eavait de devenir un danseur de ballet de haut niveau. Cependant, la concurrence \u00e9tait beaucoup plus rude qu&#8217;il ne l&#8217;avait imagin\u00e9. Il n\u2019est jamais parvenu au sommet mais a dans\u00e9 avec de nombreuses compagnies diff\u00e9rentes, notamment le Ballet Rambert, dirig\u00e9 par une Mme Rambert tyrannique qui s&#8217;exclamait souvent de mani\u00e8re d\u00e9sobligeante&nbsp;: \u00ab regardez ces pieds de hareng \u00bb (en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ses pieds tr\u00e8s plats, qui devinrent si sensibles au fil des ans qu&#8217;il ne pouvait porter qu&#8217;un certain type de sandales).<\/p>\n\n\n\n<p>Il a aussi dans\u00e9 avec la compagnie Sadlers Wells et fini par se tourner vers les com\u00e9dies musicales, o\u00f9 il a rencontr\u00e9 Barry Irwin et Robert Harvey. C&#8217;est parce qu&#8217;il devait chanter (il dira plus tard qu&#8217;il n&#8217;avait aucune voix) que Robert et lui d\u00e9cid\u00e8rent de prendre des cours avec un certain Roy Hart. Ils suivirent tous deux leur premier cours le m\u00eame jour en 1955, l&#8217;un apr\u00e8s l&#8217;autre. Pour eux deux, cette rencontre allait changer le cours et le sens de leur vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Rossignol \u00e9tait un bon vivant qui aimait la bonne ch\u00e8re et le bon vin qu&#8217;il commandait directement par caisses aupr\u00e8s de ses cavistes pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s. C&#8217;\u00e9tait un excellent cuisinier et un h\u00f4te g\u00e9n\u00e9reux. Jusqu&#8217;aux derniers mois, o\u00f9 il ne pouvait plus se d\u00e9placer dans sa cuisine, il pr\u00e9parait de d\u00e9licieuses soupes \u00e0 partir de l\u00e9gumes achet\u00e9s au march\u00e9 du lundi de Lasalle. L&#8217;ail, le gingembre et la cardamome \u00e9taient les \u00e9pices de base, avec la noix de muscade comme ingr\u00e9dient suppl\u00e9mentaire pour sa soupe au potiron.<\/p>\n\n\n\n<p>Il aimait vivre \u00e0 Mal\u00e9rargues, avec ses arbres, ses fleurs, ses collines et, pendant de nombreuses ann\u00e9es, il s&#8217;est adonn\u00e9 avec passion au jardinage, plantant iris, jonquilles, forsythias, lilas et bien d&#8217;autres arbustes et arbres. Cet automne, pour la premi\u00e8re fois, le kaki qu&#8217;il avait plant\u00e9 il y a quelques ann\u00e9es sur la terrasse de devant a donn\u00e9 de nombreux fruits dor\u00e9s, \u00e0 sa grande satisfaction. Son arbre pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e9tait bien s\u00fbr le jacaranda \u00e0 fleurs violettes et la derni\u00e8re fois qu&#8217;il est retourn\u00e9 en Afrique du Sud pour rendre visite \u00e0 son fr\u00e8re \u00e0 Johannesburg, il a fondu en larmes lorsqu&#8217;il a vu des avenues enti\u00e8res de ces arbres en fleurs. Son grand regret \u00e9tait qu&#8217;il \u00e9tait presque impossible de les faire pousser ici.<\/p>\n\n\n\n<p>Une autre grande passion de Rossignol dans la seconde moiti\u00e9 de sa vie a \u00e9t\u00e9 les pierres et les sculptures. Il y a de nombreuses ann\u00e9es, \u00e0 Londres, il avait fait un r\u00eave dans lequel il trouvait des pierres magiques qui, lorsqu&#8217;on leur parlait, pouvaient se transformer en \u00eatres humains. Puis, un jour, dans les ann\u00e9es 80, ce r\u00eave est devenu r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s lors, quand il n&#8217;enseignait pas, ne se produisait pas ou ne voyait pas ses amis, il s&#8217;occupait \u00e0 donner corps et visages \u00e0 des pierres, des coquillages et parfois des morceaux de bois. Il passait des heures \u00e0 parcourir les plages autour de Montpellier \u00e0 la recherche de pierres qui lui parlaient, dont les visages \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 apparents ou attendaient d&#8217;\u00eatre r\u00e9v\u00e9l\u00e9s. Il les rapportait ensuite \u00e0 sa voiture dans plusieurs sacs en plastique tr\u00e8s remplis et tr\u00e8s lourds, g\u00e9n\u00e9ralement avec l&#8217;aide d&#8217;amis. Une fois \u00e0 la maison, elles venaient s&#8217;ajouter \u00e0 la pile de pierres qui jonchait le sol de sa chambre et, d\u00e8s que possible, il se mettait \u00e0 travailler sur sa prochaine cr\u00e9ation, limant, grattant, per\u00e7ant, pl\u00e2trant et peignant. Peu \u00e0 peu, son appartement s&#8217;est rempli d&#8217;un riche univers de personnages, humains et animaux (et aussi de beaucoup de poussi\u00e8re !), et chaque anniversaire \u00e9tait pour lui l&#8217;occasion d&#8217;en choisir un \u00e0 offrir en cadeau. Je pense que nous avons tous re\u00e7u au moins une sculpture au fil des ans !<\/p>\n\n\n\n<p>Rossi \u00e9tait avant tout un merveilleux interpr\u00e8te, dot\u00e9 d&#8217;un vocabulaire tr\u00e8s expressif de mouvements et de gestes de danse et de mime, associ\u00e9 \u00e0 une belle voix de baryton-basse profonde et spirituelle. Qui parmi nous peut oublier sa derni\u00e8re repr\u00e9sentation publique \u00e0 Mal\u00e9rargues en juin 2007, lorsqu&#8217;il a chant\u00e9 <em>Old Man Rive<\/em>r avec tant d&#8217;\u00e9motion et de profondeur ? Les mots <em>\u00ab fatigu\u00e9 de vivre et effray\u00e9 de mourir \u00bb<\/em> ont touch\u00e9 le public de mani\u00e8re poignante et palpable. Voici un homme de 84 ans, souffrant d\u00e9j\u00e0 \u00e0 son insu d&#8217;une fibrosite pulmonaire, chantant de tout son c\u0153ur, avec g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et dignit\u00e9, l&#8217;approche de la fin de sa vie. Totalement g\u00e9n\u00e9reux, totalement d\u00e9nu\u00e9 de sentimentalisme. Une grande le\u00e7on de vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Rossignol a probablement particip\u00e9 \u00e0 plus de repr\u00e9sentations du Roy Hart Th\u00e9\u00e2tre que tout autre membre du Roy Hart Th\u00e9\u00e2tre \u00e0 ce jour. C&#8217;\u00e9tait un plaisir de travailler avec lui. Mais malgr\u00e9 tous ses talents et ses dons, il est toujours rest\u00e9 extr\u00eamement humble. Il n&#8217;y avait jamais chez lui le moindre signe d&#8217;arrogance ou d&#8217;ego. C&#8217;\u00e9tait plut\u00f4t le contraire. Il avait tendance \u00e0 minimiser son r\u00f4le et ses talents, en tant que professeur comme en tant qu&#8217;interpr\u00e8te. Son r\u00f4le pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 comme interpr\u00e8te \u00e9tait sans aucun doute celui du bossu dans <em>Pagliacci<\/em>, o\u00f9 il pouvait pleinement utiliser ses talents de mime et de com\u00e9dien et o\u00f9 sa voix pouvait \u00eatre entendue dans toute sa richesse et sa nudit\u00e9. Chaque fois que nous montrions des extraits de la vid\u00e9o <em>Pagliacci<\/em> \u00e0 nos stagiaires de la formation de cinq semaines, il avait les larmes aux yeux en se regardant jouer avec les autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Rossignol a \u00e9t\u00e9 un ami tr\u00e8s cher pendant plus de trente ans et il me manque beaucoup. Quand je pense \u00e0 lui aujourd&#8217;hui, je revois son sourire facile et l&#8217;\u00e9tincelle dans ses yeux que tant d&#8217;autres ont mentionn\u00e9e dans leurs lettres de condol\u00e9ances. Je revois ses gestes \u00e9l\u00e9gants et expressifs, et surtout j&#8217;entends sa belle voix grave et son rire. Jusqu&#8217;\u00e0 la fin, sa voix est rest\u00e9e claire et sonore, tant au t\u00e9l\u00e9phone que lorsque vous frappiez \u00e0 sa porte. Son \u00ab entrez \u00bb pouvait parfois sembler ferme, voire irrit\u00e9, surtout si vous \u00e9tiez la quatri\u00e8me personne de suite \u00e0 frapper \u00e0 sa porte ce matin-l\u00e0. Oui, c&#8217;\u00e9tait un robuste vieil oiseau, \u00ab un rossignol solide \u00bb qui s&#8217;est battu jusqu&#8217;au bout pour conserver sa dignit\u00e9 face \u00e0 des obstacles insurmontables. Une seule fois, il m&#8217;a dit qu&#8217;il avait envie d&#8217;abandonner.<\/p>\n\n\n\n<p>Il nous a laiss\u00e9 un h\u00e9ritage consid\u00e9rable, dont je suis pour ma part tr\u00e8s reconnaissant. Aujourd&#8217;hui, nous avons d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 le piano, que le Roy Hart Th\u00e9\u00e2tre lui avait offert pour son 60e anniversaire, de son appartement au Studio 3. Que son engagement et son humanit\u00e9 continuent de vivre dans notre travail.<\/p>\n\n\n\n<p>Saule Ryan<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Rossignol, par Linda Wise<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je me promenais dans les rues de Paris en cette froide et claire journ\u00e9e d&#8217;hiver, me rem\u00e9morant sans cesse les merveilleux yeux brillants de Rossignol \u2013 et combien de fois il m&#8217;appelait depuis sa fen\u00eatre lorsque je passais devant le ch\u00e2teau. Cette m\u00eame fen\u00eatre qu&#8217;il ouvrait en grand avant de chanter :<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Si puo, si puo signore et signori\u2026\u2026 \u00bb<\/em> il y a une trentaine d&#8217;ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Je lui ai demand\u00e9 un jour quelle \u00e9tait sa repr\u00e9sentation pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e et il m&#8217;a r\u00e9pondu sans h\u00e9siter : <em>Pagliacci<\/em>. Je suis d&#8217;accord avec lui, c&#8217;est sans aucun doute dans cette repr\u00e9sentation qu&#8217;il a trouv\u00e9 toute la complexit\u00e9, l&#8217;humanit\u00e9, l&#8217;humour et la trag\u00e9die d&#8217;une \u00e2me sombre. L&#8217;un des acteurs les plus c\u00e9l\u00e8bres de Su\u00e8de m&#8217;a dit un jour qu&#8217;il n&#8217;avait jamais rencontr\u00e9 autant d\u2019humilit\u00e9 chez un acteur que chez Rossignol dans cette repr\u00e9sentation. Un compliment profond et respectueux d&#8217;un artiste \u00e0 un autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y avait chez Rossignol une humilit\u00e9 qui fr\u00f4lait parfois la timidit\u00e9, une nervosit\u00e9 touchante et vuln\u00e9rable qui semblait constamment remettre en question ses capacit\u00e9s, mais il n&#8217;\u00e9tait jamais timide dans son enseignement et jamais sentimental. Je me souviens d&#8217;un cours o\u00f9 je me suis dit : s&#8217;il me demande d&#8217;en faire plus, je crois que je vais mourir !<\/p>\n\n\n\n<p>Il est difficile aujourd&#8217;hui d&#8217;imaginer \u00e0 quel point il exigeait de lui-m\u00eame, mais je comprends maintenant qu&#8217;il ne vous demandait jamais plus que ce qu&#8217;il s&#8217;imposait \u00e0 lui-m\u00eame. C&#8217;\u00e9tait mon professeur, un homme qui s&#8217;\u00e9tait enfui par la fen\u00eatre en secret pour pouvoir suivre sa passion : danser !<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons tourn\u00e9 ensemble avec <em>Pagliacci<\/em> pendant cinq ans, cinq ann\u00e9es de joie artistique. Son r\u00f4le suivant, Queequeg dans <em>Moby Dick<\/em>, a \u00e9t\u00e9 pour moi l&#8217;un de ses plus poignants. L&#8217;humanit\u00e9 digne avec laquelle il a pris le fragile Pip dans ses bras \u00e9tait un moment d&#8217;amour pur, un moment que seul un acteur dou\u00e9 d&#8217;une grande \u00e2me pouvait comprendre.<\/p>\n\n\n\n<p>Rossignol et moi sommes tous deux n\u00e9s en Afrique blanche et, bien qu&#8217;il vienne d&#8217;Afrique du Sud et moi du Kenya, nous avions beaucoup en commun, notamment le m\u00eame professeur extraordinaire, Cecil Williams, un Sud-Africain blanc contraint \u00e0 l&#8217;exil pour son engagement dans le mouvement anti-apartheid et collaborateur de Nelson Mandela. Je n&#8217;ai jamais parl\u00e9 \u00e0 Rossignol de mon engagement dans le mouvement anti-apartheid, mais j&#8217;y pensais souvent en relation avec Queequeg qui est, d&#8217;une mani\u00e8re discr\u00e8te, un militant des droits de l&#8217;homme&#8230; C&#8217;est l&#8217;une des questions que j&#8217;aurais aim\u00e9 lui poser.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, ces derniers jours, ce qui m&#8217;a le plus frapp\u00e9, c&#8217;est la qualit\u00e9 et la pr\u00e9sence de la voix de Rossignol. Je regretterai beaucoup de ne plus l&#8217;entendre dire, avec son ton l\u00e9g\u00e8rement ironique et d\u00e9suet : \u00ab Eh bien, ma ch\u00e8re&#8230; \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>J&#8217;ai le c\u0153ur lourd, cher Rossignol, mais ta voix continuera de me parvenir depuis ces fen\u00eatres \u2013 et je prie pour que ton \u00e2me s&#8217;envole joyeusement&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Linda Wise<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"template":"","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"_jet_sm_ready_style":"","_jet_sm_style":"","_jet_sm_controls_values":"","_jet_sm_fonts_collection":"","_jet_sm_fonts_links":"","footnotes":""},"position":[252],"class_list":["post-16721","people","type-people","status-publish","hentry","position-in-memoriam-fr"],"publishpress_future_workflow_manual_trigger":{"enabledWorkflows":[]},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/centreroyhart.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/people\/16721","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/centreroyhart.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/people"}],"about":[{"href":"https:\/\/centreroyhart.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/people"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/centreroyhart.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/people\/16721\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":35755,"href":"https:\/\/centreroyhart.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/people\/16721\/revisions\/35755"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/centreroyhart.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16721"}],"wp:term":[{"taxonomy":"position","embeddable":true,"href":"https:\/\/centreroyhart.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/position?post=16721"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}